Partager l'article ! Jean Gardiès, le dompteur de terroirs: Il faut suivre un long chemin de terre bordé de fenouil sauvage pour accéder au domaine ...
Il faut suivre un long chemin de terre bordé de fenouil sauvage pour accéder au domaine Gardiès. Nous sommes
en Fenouillèdes le bien-nommé, au commencement de la vallée d'Agly, non loin de Rivesaltes. L'homme de Tautavel n'est qu'à quelques portées de flèches et les châteaux cathares de
Quéribus et de Peyrepertuse veillent au loin. Jean Gardiès a installé son vaisseau moderne face à ce terroir paradoxal, au milieu de ce pli terrestre, entre rouge et noir.
Le rouge, ce sont les alluvions des Corbières ; le noir, les schistes de Maury. Paradoxe des sols, paradoxe des terroirs,
paradoxe des vins que Jean a appris à maîtriser avec une grande intelligence. Les vins de schistes sont solaires, immédiats, ont un arôme fruité et puissant. Les vins de calcaire, notamment
ceux du terroir de Vingrau, à quelques portées de là, proviennent d'un sol riche en carbone de calcium pur et s'expriment toute en droiture, en rectilignité. Le cirque de Vingrau est
le berceau de la famille Gardiès, installée ici depuis 7 générations. Le domaine est certifié en bio depuis 2004.
Le vent de la méditerranée balaye le vignoble avec force, les feuilles dansent et la tour qui se hisse au fond de la
vallée - et qui a donné son nom à la célèbre cuvée "la Torre" - rappelle que l'on est ici dans un pays de sentinelles et que cette vallée fut une frontière ancienne entre la France et
l'Espagne. Jean Gardiès a la carrure d'un héros de Dino Buzzati ou de Julien Gracq. Avec un calme et une détermination de vigie, il sent son pays, le goûte, le palpe et nous
le restitue dans des cuvées maîtrisées, des "vins de concentration jamais d'extraction" comme un dompteur de terroirs sauvages.
Dans ses blancs, Jean explorent les cépages originels du Roussillon. Le Glaciaires 2011, composé de
grenache blanc, de grenache gris, de macabeu et de malvoisie, est friand, légèrement abricoté et a déjà une belle tension. Les Vignes de mon père blanc 2011, composé à 100%
de malvoisie, le cépage méditerranéen par excellence, donne un Malvoisie sec des plus intéressants, sur un nez de figue et de fleur d'amandier, une jolie profondeur et une acidité qui
scintille en bouche. Le Clos des Vignes 2011, est un très grand vin blanc du Roussillon. A la richesse de son nez, on reconnaît la complexité de ses cépages
métissées, grenache gris, blanc et noir, l'ancienneté de ses vignes plantées il y a plus de 70 ans, à plus de 300 mètres d'altitude sur les falaises de calcaire pur de
Vingrau.
Les Vignes de mon père Rouge 2010 est un étonnant carignan issu de vignes de plus de 90 ans, surprenant
par son fruit et sa gourmandise, un vin de "glisse" comme l'explique Jean qui dit travailler sur la longueur plutôt que sur la rondeur. "Quand un vin est rond, je
ne sais pas comment le prendre" avoue-t-il. Clos des Vignes Rouge 2009 est d'un magnifique équilibre, d'une maturité juste et sincère, sans aucune extraction superflue.
Avec Falaises 2010, issu de syrah, de grenache et de carignan, on attaque les cuvées mythiques du domaine. Avec un élevage de presque 20 mois, la syrah s'exprime toute en
finesse et la bouche est serrée, fraîche, élégante, sur des arômes de figue et de fraise, qui ne se laissent deviner qu'après oxygénation dans le verre. La Torre
2010, encore terriblement jeune, composée à 90% de mourvèdre, provient de ce sous-sol d'argile recouvert de schistes. Le solaire du schiste, la retenue de l'argile. Le vin est plus
accessible, plus immédiat mais, en bouche, les fruits noirs épicés sont denses et serrés. Ce mourvèdre, typique de la méditerranée, ne se livrera véritablement que dans quelques années.
Puis viennent les gourmandises... car Jean veut respecter la tradition viticole de sa région et offrir dans sa gamme vins doux naturels et vins mutés mais toujours dans la perspective et le
respect des vins qui les composent. Cerra 2009 est un étonnant caramel lacté au goût de cerise. La douceur du fruit rond s'exprime en milieu de bouche mais laisse la fin de
bouche fraîche. Avec ses 80 g de sucre résiduel, il s'approche plus d'un Porto que d'un Rivesaltes. Un vrai délice ! Le Rivesaltes Ambré 1998, avec ses 75 g de
sucre résiduel, est une des plus grandes gourmandises qu'il nous fût donner de goûter. Malheusement, il n'y en a plus... Mais imaginez une finesse de caramel au lait, légèrement noité, un or
pur, léger, profond, patiné par ses quelques 10 ans d'attente en fût. Grandiose ! Enfin, le Rivesaltes 1981, d'une finesse exquise, à la bouche muscatée, avait une robe qui
rivalisait avec le soleil couchant de ce premier jour d'hiver.
Oui, Jean Gardiès est bien un dompteur. Il a su apprivoiser le rouge et le noir, le soleil et le vent...

Le week-end du samedi 9 et du dimanche 10 février 2013 sera consacré au domaine Gardiès
en présence de Jean Gardiès
Grand Hôtel du Lion d'Or
Rencontres de la Saint-Vincent
2013
Dîner du samedi - Déjeuner du dimanche
Accords mets-vins exclusifs réalisés par Didier Clément avec les vins du domaine
Réservation au 02 54 94 15 15 ou par mail info@hotel-liondor.fr